Les Tortues Ninja se séparent de Playmates Toys

Coup de tonnerre sous le sapin ! Si hier une rumeur voulait que Playmates Toys ne renouvelle pas son partenariat avec Viacom pour la licence des Tortues Ninja, elle a pris de l’ampleur avant de se concrétiser cette nuit. C’est désormais officiel, le contrat prendra fin au 31 décembre 2026. Vous pouvez retrouver l’intégralité de la note officielle par ici.

La licence des Tortues Ninja était le petit bijou de Playmates Toys. Celle qui a permis à l’entreprise de Hong Kong, arrivée en Californie en 1986, de se faire connaître et même de passer devant les plus grands au début des années 90′ grâce à la tortuemania (en savoir plus).
En quelques chiffres, la licence des Tortues Ninja avait bondi entre 1988 et 1990 de 23 à 430 millions, pour atteindre son sommet l’année suivante avec 500 millions de dollars. Son président de l’époque, Thomas Chan, confiait à Forbes que même si les ventes chutaient brusquement à 100 millions de dollars, ils continueraient de faire du profit ! Mais à partir de 1992, les produits estampillés Teenage Mutant Ninja Turtles ont connus une chute vertigineuse, avec seulement 200 millions de dollars enregistrés puis 30 millions en 1995. Ce chant du cygne s’est concrétisé avec la production toujours impressionnante de figurines entre 1993 et 1994 avant un arrêt progressif jusqu’en 1998 et un renouvellement qui a tardé à venir.
Les années suivantes, Playmates a toujours été recontacté pour représenter les Tortues Ninja au travers des dessins animés de 2003, de 2012, de 2018 et l’univers récent (et déjà en déclin) de Point Grey.

Le vrai problème de la licence ?

À l’approche des 40 ans sur la licence, le bilan demeure mitigé. Si la plupart des fans ont un souvenir nostalgique de Playmates Toys, lien inextricable avec leurs souvenirs d’enfance, au pied du sapin ou lors d’un anniversaire, devant la télévision ou dans le salon, ces dix dernières années n’ont pas été faites que d’amour. Très souvent, les productions du fabricant de Hong Kong peinaient à convaincre et étaient souvent comparées à ce que propose McDonald’s (Atilla the frog et Shredder mutant pour le dessin animé de 2012, Splinter pour Rise of the TMNT). C’est réellement avec le dernier film et les univers qui en ont découlé que le fabricant a proposé des figurines plus finies, mieux articulées. Mais finalement, était-ce le vrai problème ?

Si l’on devait regarder attentivement les productions Tortues Ninja sous la bannière de Viacom, force est de constater que seuls deux univers ont réellement intéressés les publics (au pluriel). D’une part le dessin animé sorti en septembre 2012, qui a su merveilleusement bien concilier talents scénaristiques, personnages intéressants et surtout petits et grands ! C’était le moment où les parents d’aujourd’hui étaient les enfants devant leur écran de télévision dans les années 80’-90’ et ont fait connaître leur passion à leurs enfants – quelque chose qui n’a pu être renouvelé par la suite. D’autre part, les comics à travers l’univers étendu développé par IDW depuis août 2011, renouvelant sans cesse son lectorat grâce à une longévité remarquable. Vous rendez-vous compte qu’au moment où cet univers a débuté, le dessin animé encore dans l’esprit des fans était celui de 2003 ? Ce dernier influençait encore Dan Duncan sur le design de ses tortues sur les premiers numéros de l’histoire !

Mais au-delà de ces deux univers, quel constat pouvons-nous faire ? Le succès au boxoffice du film de 2014 est principalement dû à une curiosité mal placée du public qui attendait un design et un scénario plus que douteux au tournant. Un second film a été lancé, non sans prendre en considération bien des critiques, avant de se planter deux ans plus tard et tuer dans l’œuf un troisième film. Du côté de la télévision, le constat n’est guère plus reluisant. La série qui devait succéder au dessin animé de 2012, Rise of the TMNT, était explicitement adressée aux plus jeunes. Les scénaristes reconnaissaient sans la moindre gène que leur histoire ne plairait pas aux fans les plus anciens. Et le résultat a été sans appel, avec une première saison remarquée (pour le meilleur comme pour le pire) et surtout une seconde tronquée de moitié en pleine production car le détenteur des droits ne souhaitait pas la poursuivre. À moins que cela ait été Playmates, qui peinait à la rentabiliser dans les rayons ?
Et finalement, n’est-ce pas là ce que nous avons connu également avec Tales of the TMNT, au début du mois ? Viacom a tenu à proposer un univers plus vaste qu’auparavant, initié par un film (Mutant Mayhem) qui n’a pas eu le succès escompté. S’il est resté marqué par un profit non négligeable, qui a permis de lancer un second film (septembre 2027), les rétributions n’étaient clairement pas à la hauteur des espoirs fondés. Pour rappel début 2023, Viacom veillait scrupuleusement à ce qu’aucune information ne fuite. À tel point que lorsque des visuels des personnages et des blisters sont arrivés sur internet, les fans et les sites d’informations qui avaient communiqués autour ont reçus une plaisante lettre des avocats de Viacom (nous y compris). Ambiance… Comment réconcilier des fans déjà éreintés par une politique décadente autour de leur licence préférée, lorsque le dragon assis sur son trésor refuse toute promotion gratuite et bienveillante ?

Changements conséquents en vue ?

Les liens entre Playmates Toys et les Tortues Ninja vont bien au-delà de quelques figurines destinées aux enfants. Entre 2009 et 2019, il semblerait que les contrats entre Playmates et Viacom permettaient au fabricant légendaire des Tortues Ninja d’avoir le monopole sur les figurines d’action à l’international.
C’était un problème auquel s’était notamment confronté NECA en 2009. À cette époque, le fabricant avait produit quelques figurines issues des comics de Mirage, brillamment reconnues par les fans et avait saboté (involontairement sans doute) le projet de Playmates de proposer des figurines de ce même univers à l’occasion des 25 ans de la licence. Si proposer des figurines d’un même univers pour une occasion spéciale est totalement habituel de nos jours, ça ne l’était pas à cette époque. Et NECA s’était vu, à priori, extrêmement limité dans sa distribution de figurines, le contraignant à arrêter purement et simplement cette gamme jusqu’en 2016. Revenant sur le devant de la scène avec de superbes figurines du film de 1990, puis de premières vraies figurines du dessin animé de 1987, NECA était parvenu à renégocier son contrat, lui permettant de vendre ses produits hors des conventions dans un premier temps (2018) puis à l’international (2019). Une très belle victoire qui lui a permis de poursuivre des efforts qui auraient été vains dans un autre contexte. Parallèlement, cette ouverture a permis à d’autres fabricant de s’engouffre, comme Super7, The Loyal Subjects, Mezco Toyz ou plus récemment Mcfarlane.

Playmates de son côté s’est contenté de sortir des figurines issues de l’univers en cours (Rise of the TMNT) avant de revoir sa copie en 2020. Avec l’arrêt de ce dessin animé, la production s’est concentrée sur un marché jugé plus lucratif, qui était celui destiné aux adultes – avec un pouvoir d’achat intéressant et des enfants pouvant eux-mêmes être séduits au sein du foyer. Ainsi, Playmates a proposé d’innombrables rééditions de ses Classic collection de 2012, mais aussi de ses figurines vintages, permettant ainsi aux nostalgiques de compléter une série ou d’avoir LA figurine qui leur manquait étant enfant. Et ce, malheureusement, non sans quelques problèmes dus à la perte des moules et des modifications de couleurs inhérents aux normes de sécurité. En cette fin d’année encore, quatre personnages peu courants ont revus le jour à travers Chrome Dome, Wyrm, Antrax, Scale Tail (productions de 1991 et 1992).

Ce « retour aux sources », couplé avec l’univers de Point Grey (films Mutant Mayhem et dessin animé Tales of the TMNT) a permis au fabricant de renouer avec le succès. À travers sa dernière note, nous apprenons par exemple que les Tortues Ninja ont représenté 8%, 13%, 77%, 47% puis 36% du chiffre d’affaire du fabricant entre 2021 et 2025 (arrêté à juin pour cette année en cours).

Et maintenant ?

La question de l’après-Playmates Toys s’était déjà posée en 2023 avec la fuite des blisters évoquée ci-dessus. À cette époque, le logo du fabricant estampillé n’avait pu être reconnu mais laissait penser que la licence partirait chez un concurrent. Il n’en était finalement rien, mais avait déjà laissé planer certains doutes, notamment sur l’acquisition par McFarlane (qui possède actuellement la licence des Tortues Ninja pour faire des figurines issues des comics d’IDW).

Le non-renouvellement des droits pour le fabricant de Hong Kong peut potentiellement rabattre de nombreuses cartes. L’année à venir sera la dernière de Playmates. Vont-ils inonder le marcher pour espérer tirer le plus de bénéfices de cette licence ? Ou vont-ils plutôt s’orienter vers la politique du minimum ? Lors de la Comic Con de New York, de nombreuses figurines ont été exposées (et comme toujours interdites de photographies). Il était question des personnages de la saison 2 de Tales of the TMNT, comme Tokka, Rahzar, Muckman, Scratch, ninja Leo… Des personnages que de nombreux sites d’informations ont vu (et il existe quelques rares images sur internet) et qui ont préférés, comme nous, ne rien divulguer sous peine de représailles.

Une chose est certaine, Playmates Toys n’assurera pas la production des figurines du film Mutant Mayhem 2. Pour l’heure, tout porte à croire que le film sortira bien. La production bat son plein et tous les signaux sont au vert. Avec cette nouvelle, certaines questions peuvent se poser.
Mais au-delà de Playmates Toys, l’avenir des contrats des autres fabricants, à destination d’un public plus adulte, peut aussi se poser. S’il n’y a pas beaucoup de doutes à se faire du côté de NECA (qui pour l’heure est étrangement très discret quant à ses productions 2026 en termes de Tortues Ninja), d’autres seront peut-être plus frileux. L’affaire sera à suivre de près l’année à venir.

Enfin, nous pouvons légitimement nous poser des questions quant à la suite des Tortues Ninja sous Viacom. Si cet été il nous était annoncé quatre saisons pour Tales of the TMNT, la série a simplement touché à sa fin ce mois-ci avec une seconde et dernière saison. Si le deuxième film Mutant Mayhem est toujours en production et confirmé pour l’automne 2027, nous ne savons pas si ce sera le dernier, ou si un troisième film verra bien le jour comme cela semble être la volonté du détenteur des droits. Au-delà de cet univers avec lequel nous sommes déjà familiers, un autre film, cette fois en live action, est attendu pour 2028. Cela laisserait donc entendre que Viacom a l’intention de poursuivre la production inévitable de figurines à destination des enfants, avec un autre fabricant. Là encore, l’affaire sera à suivre de près. Pourront-ils donner un nom alors qu’ils sont encore en contrat avec Playmates jusqu’au 31 décembre 2026 ?

Vous l’aurez compris, ce changement majeur peut raisonner comme un véritable tremblement de terre pour la licence. Probablement rien de grave à terme. Mais non sans quelques potentiels gros changements. Playmates aura été présent sur les Tortues Ninja pendant presque 40 ans (janvier 1987 – décembre 2026) et représentait le dernier acteur présent dès les débuts de la licence, après la vente des droits de Mirage en 2009. Il ne fait aucun doute que Viacom trouvera un nouveau fabricant. Mais quelles conséquences cela aura-t-il au niveau des contrats avec NECA, Super7, McFarlane et les autres ? Peut-être aucune. Seul l’avenir nous le dira !

Enfin, une question subsiste. L’Histoire des Tortues Ninja a démontré depuis 42 ans qu’elle ne parvenait à se renouveler qu’après être entrée en hibernation. À ce titre, nous pouvons rappeler le fraccas de The next mutation, diffusé immédiatement après l’annulation du dessin animé de 1987. Le nouveau fraccas de Rise of the TMNT, diffusé après la fin du dessin animé de 2017. Et ces derniers temps, avec l’univers de Mutant Mayhem, qui peine à se développer malgré une vision sur le long terme de Viacom. Cette même série qui semble à présent survivre sous perfusion. Ne serait-il pas temps, tout simplement, pour Viacom d’arrêter les Tortues Ninja ? Juste quelques années. Mettre en pause cette merveilleuse licence. Réfléchir à un plan de retour lorsque les générations se seront renouvelées et le public de nouveau demandeur ? Comme toujours c’est une question d’argent. D’un autre côté, si ces retours sont aussi éphémères, c’est que l’argent derrière peine à arriver. Ces incessants renouvellements/annulations/changements de programmes commencent à sérieusement effriter la licence. Et ce, hélas, à tel point qu’une annonce peut se retrouver contredite quelques mois plus tard ou tomber dans l’oubli, dans les tréfonds des tiroirs.

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